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 Âme Strame Gramme [Loo]

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MessageSujet: Âme Strame Gramme [Loo]   Ven 5 Nov 2010 - 17:11

Le soleil s’était enfin couché, laissant place à une douce pénombre qui finirait par prendre définitivement place d’ici à quelques heures. L’obscurité serait quasi-totale, car nous étions un jour où la lune ne brillerait qu’à son quart. Déjà la température commençait à tomber et je ne regrettais pas mon blouson. Je n’étais pas frileuse, non, juste prévoyante. Car je ne comptais pas rentrer tout de suite au petit appartement que je m’étais déniché. Situé à la limite entre le centre et la périphérie de San Francisco, il me servait surtout à dormir et manger une fois de temps en temps car je comptais bien passer le plus clair du temps à l’extérieur de chez moi.

J’avançais tranquillement, observant au passage les quelques marins encore présents sur le port. Rangeant leurs filets, ils parlaient entre eux des prises, apparemment dans la moyenne, qu’ils venaient de faire. Les mains dans les poches, je prêtais attention au moindre bruit, exerçant ainsi mes sens avant la nuit. Les feuilles des quelques arbres alentour commençaient à tomber, craquant ainsi d’une façon significative lorsque l’on marchait dessus. Mais je préférai me concentrer sur les personnes au plus près de moi, qui se trouvaient être deux promeneurs. A leur pas lent, on devinait qu’ils n’étaient guère pressés et prenaient d’ailleurs le temps d’observer le paysage. Les observant, je me rendis compte que c’était un couple de personnes âgées, ce qui confirma mes suppositions. Je les croisais et je me retrouvais bientôt de nouveau seule. La nuit tombait, les gens rentraient, pour la plupart, chez eux, à l’inverse de moi. Je comptais bien rester encore un moment dans le coin.

Assise sur un banc, j’attendais patiemment. La nuit se faisait bien plus noire, maintenant et ce n’était pas pour me déplaire. Quelques personnes étaient passées, ne prêtant pas attention à moi, assise seule sur un banc. Le silence régnait, seul troublé par le doux clapotis des vagues et la légère brise qui faisait voler quelques feuilles. Me levant finalement, je repris un rythme moyen. Je n’avais pas d’idée précise de l’endroit où j’irai. Mais je me fiais à mon instinct, à mes envies. La ville n’était pas dépourvue de bars et restaurants en tout genre, oh non. Alors que je continuais ma marche, j’entendis les bruits caractéristiques d’un bar et je fus soudain prise d’une envie de faire souffrir. N’accélérant pas mon pas pour autant, je mis au point un rapide plan en tête, un sourire aux allures sadiques trônant dorénavant sur mon visage.

J’entendis avant de le voir un homme entre deux âges qui s’était isolé de façon à pouvoir fumer. M’approchant sans le moindre bruit, je fis remonter en moi quelques souvenirs de façon à ce que je ressente de nouveau de la colère. Sortant les mains de mes poches tout en avançant, je me trouvais à l’entrée de l’impasse dans laquelle s’était isolé l’homme. Ce dernier ne m’avait d’ailleurs toujours pas remarqué et c’était d’ailleurs le but. Tendant enfin les bras, je pus voir avec satisfaction l’homme se soulever doucement du sol. Quand il prit enfin conscience que quelque chose n’allait pas, son premier réflexe fut évidemment de se tourner vers moi, complètement abasourdi. J’agitais mes mains d’une façon bien précise, pour l’avoir fait des centaines de fois, faisant voltiger l’homme dans les airs, qui se prenait ainsi les murs. Il était bien trop saoul pour réagir de façon normale, ce qui était en soi assez amusant. Il devait croire que ceci n’était qu’un mauvais rêve et se laissait donc faire. Finalement, je ramenais les doigts de ma main droite vers ma paume, tout en tendant toujours ma main gauche de façon à ce que l’homme reste placardé au mur. Ses pauvres mains se ramenèrent à son cou, tentant d’empêcher la force invisible qui faisait qu’il était en train de s’étouffer, en vain. Je le laissais tomber, évanoui mais pas mort pour autant. Je ne tenais pas à me faire remarquer dès mon arrivée en ville.

Je quittais la ruelle, satisfaite. Cela faisait plusieurs semaines que je n’avais pas usé de mon ‘pouvoir’ et le fait d’avoir quelque peu malmené cet humain me réjouissait au plus haut point. C’était ainsi. J’avais, depuis ce fameux premier jour, adoré percevoir la souffrance et la peur dans les prunelles d’une personne. Mon ‘pouvoir’ m’était aussi utile au quotidien bien que j’y avais pas eu recours ces derniers temps. Je songeais, tout en m’éloignant du bar, à mes premiers essais. Et comparé à ce que je pouvais réaliser, c’était dérisoire. Malgré tout, cela m’exigeait de l’attention et lors d’un gros effort, la fatigue se faisait également sentir. Mais cela, je ne l’avais pas éprouvé depuis un bon moment. Et il me tardait que cela ne revienne.

Tout en souriant en me remémorant avec précision quelques évènements passés ainsi que quelques personnes torturées, je pris soudain conscience que je n’étais plus seule. La personne faisait attention à ne pas faire de bruit, mais des années d’expérience, à s’entraîner encore et encore, à repérer le moindre bruit, la moindre anomalie, portaient leurs fruits. Je ne changeais pas mon rythme pour autant, soucieuse de faire croire à la personne que je ne l’avais pas encore repérée. Je changeais soudain de cap, m’enfonçant sans hésitation dans une ruelle que je savais être une impasse. Au passage, je constatais avec plaisir que l’obscurité empêchait à la personne qui me suivait de discerner le nom de la rue, et donc, de continuer à me suivre sans y prendre garde.

Je me cachais devant une porte enfoncée dans le mur et je vis avec plaisir, l’homme me passer devant. Un sourire narquois aux lèvres, je lançais :

- Mon cher Léo, il va falloir que tu apprennes à te faire plus discret.

Le dénommé Léo se retourna lentement, et m’aperçus enfin. Et je ne fis aucun effort pour cacher la lueur moqueuse qui prenait place sur mon visage.


Dernière édition par Loa Holtaïlis le Dim 5 Déc 2010 - 9:03, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Âme Strame Gramme [Loo]   Ven 3 Déc 2010 - 16:06

Assis dans un canapé d'exposition situé dans un grand magasin d'ameublement, Léo jouait habilement avec un élastique qu'il nouait autour de ses doigts sans jamais les emprisonner. Faire ces gestes automatiques lui permettait de réfléchir calmement et il en avait bien besoin. L'état mental de Sixtine, sa femme adorée, jouait aux montagnes russes et il ne pouvait rien y faire. Ces derniers temps, elle refusait presque de lui parler. Elle semblait plongée dans son monde, un monde bien trop complexe pour espérer l'en faire sortir alors il était parti de chez eux en la laissant prostrée dans ses pensées. Quand il reviendrait, elle serait sûrement encore à sa place. Ou alors sa chère amie Serena Rice serait venue pour la faire sortir en lui disant à quel point il était un mauvais mari. Ce qui n'était pas entièrement faux. Il aurait du trouver le courage de rester avec alors qu'elle repartait psychologiquement loin de lui mais il n'en pouvait plus. Plus tard, ça irait mieux. Il ferait tout pour se faire pardonner. Le mouvement de ses doigts n'avait pas cessé tout au long de ses pensées mais le temps n'avait pas arrêté de filer alors le zombie fut relativement surpris quand un membre du personnel du magasin vint lui dire qu'il était temps de partir parce que le lieu allait fermer. Le brun savait qu'il aurait du s'excuser de s'être laissé ainsi aller à la monopolisation d'un objet d'exposition mais il ne trouva pas la volonté de le faire. Il s'éclipsa en silence après avoir enfilé son long manteau de laine noire, ses mains jouant toujours avec le grand élastique.

Dehors, le crépuscule était déjà passé et les ténèbres qui se faisaient de plus en plus présentes autour de la ville arrêtèrent un instant les mouvements du ruban de caoutchouc appartenant à l'italien. Il était parfois tout à fait désarmant de voir à quelle vitesse le temps vous glissait entre les doigts. Sauf que Léo ne se sentait pas encore de rentrer chez lui. Par acquis de conscience, il commença cependant à marcher vers l'immeuble dans lequel il habitait avec Sixtine et qui était situé trois kilomètres plus bas, près du vieux port. L'endroit avait été choisi en raison de son prix décent par rapport à l'importante étendue de la surface habitable. C'était une affaire, en fait. Maintenant aménagée de façon assez aléatoire en fonction de ce que Sixtine et Léo brisaient lorsqu'une crise de nerfs survenait. Avançant de façon rapide, il mit un peu moins d'une heure pour parvenir devant leur domicile. Les rideaux étaient tirés devant chacune des fenêtres mais de la lumière filtrait légèrement à l'endroit où les morceaux d'étoffe se rejoignaient, ce qui indiquait qu'au moins une personne était présente, si ce n'est deux car l'attention était signée Serena Rice. Jamais Sixtine n'aurait fait ça, toute seule. Enfin, elle ne l'avait jamais fait jusqu'à aujourd'hui donc il aurait été surprenant que ça change subitement... Quoiqu'il en soit, la situation semblait s'être arrangée et même si Léo se jugea tout à fait immonde, il continua d'avancer jusqu'à dépasser les habitations et arriver au port. Lequel était en voie de désertion. Les bateaux avaient été amarrés, les filets rangés, les caisses de poissons stockés et les très rares personnes qui se trouvaient aux alentours semblaient plus marcher pour s'ouvrir l'appétit que pour autre chose. Néanmoins, la solitude n'était pas le genre de choses qui aurait pu déranger le zombie. Ressortant de l'une de ses poches son élastique, ses doigts recommencèrent à danser entre les nœuds qu'ils créaient eux-mêmes et ses pensées se remirent à voleter dans sa tête au rythme de ses pas pour aller s'échouer sur les gens qui évoluaient constamment autour de lui. Ils avaient une famille, des gens qui les aimaient, des rêves, des désillusions et lui avait Sixtine qu'il aimait depuis la nuit des temps et qui l'aimait depuis le même laps de temps mais peut-être plus par devoir que par réel gout alors, plus ou moins à cause de ça, il ressentait un certain manque dans sa mort. C'était tout à fait idiot de dire ça et il se morigénait dès qu'il y songeait mais c'était plus fort que lui. Il y avait quelques temps, il avait fait la connaissance d'une jeune fille. Vraiment jeune, elle venait tout juste d'avoir vingt ans. Mais elle avait déjà un sacré caractère. Sûrement en rapport avec son pouvoir. Un pouvoir qui pouvait faire très mal. Léo avait mis peu de temps à éprouver beaucoup d'affection pour cette humaine pas comme les autres. Inconsciemment, elle avait réveillé ses instincts paternels et il lui avait assuré qu'elle pourrait toujours compter sur lui en cas de besoin. Même si elle n'était qu'une petite peste, avait-il aussitôt ajouté à cause de la gêne que lui avait procuré la prononciation de ces mots. Il n'avait pas l'habitude d'apprécier les autres alors une petite blondinette têtue, c'était assez étrange. Mais c'était sûrement pour ça qu'elle lui avait plu. Si Sixtine et lui avait eu une fille, il aurait mis sa main à couper qu'elle aurait ressemblé à Loa.

Accélérant le rythme de ses doigts sur l'élastique, il secoua la tête pour chasser la jeune fille de sa tête. Ca faisait quelques temps qu'il n'avait plus eu de contact avec elle. Une semaine, à vrai dire. C'était peu mais il s'inquiétait du fait qu'elle ait pu se mettre dans un quelconque pétrin. Contrairement à Sixtine & lui-même, elle n'était pas immortelle cette gosse. En général, elle lui envoyait un message moqueur à travers un de ces fichus cellulaires qu'elle l'avait incité à acheter tous les soirs, pour lui dire qu'elle était en vie et qu'il n'avait pas à s'en faire. C'était l'italien qui lui avait demandé de faire ça et elle n'avait de cesse de s'en moquer dès qu'elle le pouvait. Il savait que c'était légitime, que son inquiétude était attaquable, que même Six se ficherait de lui si elle était au courant, il ne changeait pas d'avis pour autant. Mais il semblait que la gosse se soit lassée de ça car son téléphone était éteint et qu'elle avait enregistré un message à son attention, sur la boîte vocale, pour éviter qu'il s'inquiète. Elle n'avait d'ailleurs pas dit qu'elle en avait assez de lui dedans mais il l'avait interprété comme ça. Un crédit, ça se rechargeait. Ce n'était pas une excuse. Bougonnant pour lui-même, il ne remarqua pas qu'il venait de s'éloigner du bord du port pour partir en direction des bars qui constellaient ses frontières, en revanche, il remarqua parfaitement bien la petite silhouette féminine qui sortit d'un pas léger de l'une des sombres ruelles qui faisaient des environs un labyrinthe tout à fait déroutant.

La fille semblait très heureuse et un pressentiment naquit dans l'esprit du zombie. La laissant continuer tranquillement son chemin, il s'enfonça dans la ruelle qu'elle venait de quitter et ne fut pas vraiment surpris d'y trouver un homme très mal en point. Un sourire éclaira son visage sombre et il partit en marchant distraitement sur la victime de sa chère Loa. Tant pis, elle n'était plus à ça près de toute façon. Revenu dans l'artère plus large de la rue, il chercha du regard la jeune blonde et la repéra une centaine de mètres plus loin. Son pas était toujours aussi euphorique et Léo devina qu'un sourire devait décorer le visage fin de sa protégée. Calquant sa trajectoire sur celle de la jeune Anglaise, il se mit à avancer rapidement afin de réduire la distance entre eux. Arrivé à cinquante mètre d'elle, il ralentit son rythme et concentra ses efforts sur le fait de rester silencieux. Il voulait l'effrayer. Au moins pour lui prouver qu'il avait tout à fait raison d'être paranoïaque en ce qui la concernait. Elle ne sembla pas se rendre compte de sa présence, ou n'y porta en tout cas aucune importance et quelques pas plus loin, elle bifurqua avec assurance dans une rue inconnue du zombie. Soucieux de ne pas la perdre de vue, ce dernier rangea son élastique dans l'une de ses poches, accéléra son allure et s'enfonça à son tour dans l'obscurité de la ruelle. Il n'entendait plus le bruit de la respiration de la jeune femme ni celui de ses pas quant à discerner sa silhouette, c'était peine perdue. Elle avait comme disparue. Jurant tout bas, l'italien comprit qu'il avait été repéré mais continua toutefois à marcher jusqu'à se faire arrêter par la voix sarcastique de Loa Holtaïlis.

- Mon cher Léo, il va falloir que tu apprennes à te faire plus discret.

En prenant son temps, il se tourna avec assurance vers l'origine de la phrase et se trouva face à son adorable protégée qui n'essaya pas une seule seconde de cacher l'expression moqueuse qu'arborait son si charmant minois. Petite peste. Un sourire paternel, étrange mélange d'amusement et de résignation, naquit cependant sur les lèvres du zombie et il tendit la main à sa britty girl préférée, jugeant qu'il était tout à fait hors de question qu'elle reste une minute de plus dans le renfoncement sordide dans lequel elle s'était réfugiée pour fausser sa filature. Elle attrapa sa main, immense et brûlante comparée à la sienne, au bout de quelques instants et il la tira sans la moindre difficulté hors de son seuil de porte avant de briser leur contact manuel et de la toiser de haut en bas. Une toile d'araignée décorait le haut de sa tête alors il l'en débarrassa en soupirant d'un air courroucé. Ah les gosses... Puis, il recommença à marcher, sortant par la même occasion de la ruelle, et répliqua sans se retourner vers elle:

- Peut-être ne suis pas suffisamment discret à ton goût mais au moins ai-je perdu le goût des farces idiotes... Se cacher ainsi, non mais vraiment....

Le ton faussement consterné de sa voix contrastait de façon tout à fait flagrante avec le sourire amusé que sa bouche ne pouvait réprimer et il se félicita intérieurement de ne pas s'être tourné vers Loa pour lui répondre. La jeune fille n'aurait eu aucun mal pour l'envoyer bouler vu la totale absence de gêne qu'elle avait à lui dire ce qu'elle pensait. Néanmoins, Léo savait qu'elle le respectait. Et ça lui suffisait. C'était devenu un jeu entre eux d'essayer d'avoir un ascendant sur l'autre, il ne fallait pas chercher plus loin. En parlant de chercher plus loin, il lui semblait ne plus entendre le rythme des pas de la jeune blonde. Prêtant l'oreille avec plus d'attention, il constata que oui, l'anglaise ne le suivait plus alors il s'arrêta et se retournant à moitié afin de sonder les environs du regard. Où avait bien pu passer cette jeune rancunière? Avait-elle filé à l'anglaise? Le jeu de mots somme toute prévisible et faible l'amusa intérieurement et il nota mentalement de le ressortir à Loa. Il était sûr qu'elle l'adorerait. Enfin surtout l'originalité dont il recelait en fait. Mais ça ne serait qu'un juste retour de bâton à ce qu'elle allait lui faire car il était absolument certain qu'elle préparait sa vengeance... C'était plus qu'une évidence à ses yeux. En soupirant, il sortit alors de nouveau son élastique de sa poche sans cesser de balayer les alentours de son regard et recommença à faire valser ses doigts avec avant de se réenfoncer dans la ruelle très mal éclairée.

- Sors de ton trou et je t'offre le repas, Loadorable, lança-t-il prêt à faire attention à la moindre réaction de l'intéressée, tout en attendant avec impatience le moment où il allait pouvoir lui balancer sa vanne plus ou moins drôle.
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MessageSujet: Re: Âme Strame Gramme [Loo]   Ven 3 Déc 2010 - 19:00

Je n’arrivais pas à faire disparaître le sourire narquois qui ornait mon visage. L’expression de Léo ne fit d’ailleurs que l’accentuer et je n’eus pas de peine à imaginer ses pensées. En effet, malgré le peu de temps que nous avions passé ensemble, j’avais eu plusieurs occasions de lui démontrer mon pouvoir, l’usant même sur lui au bout de quelques temps. Et je ne fus pas déçue du voyage puisqu’au final, j’avais dans mes connaissances un zombie. Ainsi, quoi que je lui fasse subir, il ne ressentait aucune souffrance. Excédé, il avait un jour prononcé tout haut ce qu’il en pensait : je n’étais qu’une sale peste. Le prenant au mot, il avait connu la joie de voler dans les airs pour retomber ave fracas sur une poubelle. Mais je savais qu’au fond, il m’adorait. Sur mon conseil – que je regrettais parfois aujourd’hui – j’avais fini par obtenir de lui qu’il fasse acquisition d’un téléphone portable. Suite aux plaisirs que j’avais ressentis de lui expliquer avec une certaine suffisance la façon dont on pouvait se servir de l’objet en question, l’idée lui était venue que je lui fasse parvenir quotidiennement de mes nouvelles. Amusée au début, j’avais vite fini par me lasser de devoir chaque soir prévenir Léo que non, je n’étais pas – encore – morte. Je finis par lui envoyer un message un jour sur deux, coupant mon cellulaire pour être tranquille mais j’étais bien forcée de le rallumer pour contacter Silneï toujours à Londres. Seulement, depuis une semaine, m’étant installée à San Francisco, je m’étais procuré un téléphone chez moi, me permettant ainsi pendant une semaine entière de laisser ce pauvre Léo dans l’inquiétude. Je savais qu’il était prévenant, voulait simplement me protéger et d’une certaine façon, il était le père que je n’avais jamais eu. Mais je n’avais jamais connu cela auparavant et il m’arrivait parfois de me sentir le besoin de souffler, de n’avoir à rendre de compte à personne d’autre que moi-même. Ainsi donc, j’avais laissé la joie à mon père adoptif de découvrir le message préenregistré qui lui était en partie destiné. J’imaginais déjà le nombre d’appels manqués venant de lui et à cette idée, je ne pus que sourire davantage encore si c’était seulement possible.

La main que l’objet de mes pensées tendit devant moi acheva de me sortir de ma torpeur et je sortis du renfoncement dans lequel j’avais pris place, prenant appui au passage sur la paume chaude de Léo. Il ne se gêna pas ensuite pour me passer en revue de haut en bas et retira la toile d’araignée qui avait trouvé de bon goût de se loger dans ma chevelure tout en ne prenant pas le soin de cacher son soupir et son air irrité.

Il avait déjà tourné les talons que je l’entendais prononcer, presque consterné :

- Peut-être ne suis-je pas suffisamment discret à ton goût mais au moins ai-je perdu le goût des farces idiotes... Se cacher ainsi, non mais vraiment...

Je doutais du fait qu’il soit réellement en colère et j’avais comme l’impression qu’il profitait même que je ne puisse voir son visage pour sourire sans retenue. Néanmoins, je n’étais sûre de rien, son ton étant parfaitement maîtrisé. Il était évident qu’avoir vécu 2775 ans suffisait amplement à apprendre des choses et d’autres. Mais question discrétion, Léo avait encore des progrès à faire. Il avait pourtant été à bonne école puisque j’avais pu de moi-même constater que même certains jeunes elfes et vampires se laissaient duper. Le fait que le sang ne circule plus dans son corps devait aussi sans doute aider. Néanmoins, si j’arrivais moi à le repérer, il devait en être de même pour quelqu’un de suffisamment entraîné à cela. Bien qu’immortel, je ne lui enviais pas du tout sa condition. Devoir voir passer les années et les personnes à qui l’on finit par s’attacher finir par mourir, ressentir malgré soi un pincement au cœur à cette idée, très peu pour moi. J’étais encore jeune et je n’avais pas l’intention de rendre l’âme de sitôt mais je n’étais pas dupe non plus, j’avais conscience du danger autour de moi. Au fond, les humains dits normaux étaient protégés d’une certaine façon puisqu’ils ne savaient rien. A part bien entendu ceux qui avaient le malheur de tomber sur notre chemin et encore, ils avaient tôt fait de tout oublier. Mais l’existence était bien plus palpitante ainsi et je ne me voyais pas vivre sans cet étrange pouvoir qui m’habitait. Il faisait partie intégrante de ma vie dorénavant, bien que j’avais eu toutes les peines du monde à seulement l’accepter.

Laissant mes pensées vaquer à tout va, je pus me remémorer avec plaisir que Léo avait promis de me protéger. Et bien que je n’y avais pas eu recours pour le moment, je savais que je pouvais compter sur lui au besoin. Il n’avait omis de me traiter de petite peste, une fois encore ouvertement. Et suite à cela, j’avais apprécié son étreinte. Sur le moment, Léo semblait heureux et presque soulagé que je ne relève pas le surnom que je savais finalement affectif. Mais j’avais pris plaisir à lui prouver qu’il avait tord en l’envoyant valser. Une fois relevé, il avait maugréé une fois de plus ce doucereux surnom qui m’était destiné, croyant sans doute que je ne l’entendais pas. Mais c’était sans compter l’absence totale de personnes et ainsi de bruits éventuels et il retomba sur ses fesses quelques mètres plus loin. Le surnom en lui-même ne me touchait pas plus que cela, mais je m’étais mis un point d’honneur à ce que personne ne me traite de la sorte. Pas même quelqu’un que j’appréciais particulièrement. Et puis, mon caractère n’aidant pas, l’italien avait eu son quota en vols. Mais cela n’allait jamais plus loin. Je m’étais attachée à lui également sans en prendre pleinement conscience et je me refusais de le brutaliser plus. J’étais consciente que de toute façon, il vivrait quoi que je fasse, mais c’était un principe. Mon pouvoir me servait simplement à me défendre puisque si on en venait aux mains, je savais pertinemment que je serais la grande perdante. Cela égalisait ainsi mes chances voir plutôt les augmenter considérablement. Car à moins de me priver de mes mains, on ne pouvait m’approcher dans l’intention de m’agresser sans que je ne réplique aussitôt. Ce qui était à la fois un avantage et inconvénient. Toute personne ayant un semblant de jugeote pouvait réaliser ce léger défaut et m’attaquer par surprise. Bien entendu, nous nous étions entraînés en ce sens, avec les autres, et c’est ainsi que j’avais appris à discerner le moindre bruit suspect. Mais je n’étais pas infaillible. Loin de là. Seulement je m’exerçais régulièrement et c’était tout à mon avantage.

Une idée venant de me traverser l’esprit, je décidais soudainement de stopper le flot de mes souvenirs auquel j’avais laissé libre cours seulement une à deux minutes auparavant. Un sourire se peignit de lui-même sur mes lèvres et je cessais de suivre l’homme que j’appelais communément vieux crouton dans mon subconscient et je tournais dans la première ruelle venue. Je ne savais pas exactement la raison pour laquelle j’avais agit ainsi mais cela me plaisait. Léo s’inquiétait bien trop à mon goût bien que cela fut légitime. Et encore, il n’avait pas vent de toutes mes activités. J’avais donc jugé utile de voir la réaction qu’il aurait en s’apercevant que je ne le suivais plus. Je n’eus aucun mal à me dénicher un coin à la fois sombre et que l’on ne pouvait repérer à moins de s’y attarder et j’avais dorénavant une excellente vue sur la rue qu’empruntait Léo. Seulement celui-ci se rendit bien vite compte que je lui avais faussé compagnie. Autant la discrétion n’était pas son fort qu’il avait acquis cette faculté de s’apercevoir d’une absence subite des personnes. Une sorte de sixième sens, sûrement mais très développé chez lui puisqu’il n’eut pas tôt fait de s’arrêter. J’avais une vue imprenable sur son visage qu’il venait de tourner vers ma direction et je dus me retenir de rire devant son expression. Là encore, j’imaginais à la perfection les qualificatifs qu’il m’attribuait mentalement. Un profond soupir sortit de son gosier et je pus l’observer sortir de sa poche ce qui semblait être une sorte de ficelle. Me concentrant dessus, je réalisais ensuite que c’était un élastique avec lequel l’homme s’amusait à entortiller d’une façon complètement aléatoire autour de ses doigts sans jamais faire le moindre nœud. Il commençait déjà à rebrousser chemin tout en m’appelant à la cantonade :

- Sors de ton trou et je t'offre le repas, Loadorable.

Je dus réprimer un rire quand il me passa devant en plissant pourtant les yeux d’une façon relativement comique dans l’espoir sans doute de me repérer tout en ne cessant de s’amuser avec son élastique. Je pensais avec délice à lui offrir des petites balles déstressantes dans le but qu’il passe ses humeurs dessus car le pauvre élastique n’allait pas faire long feu à ce rythme. J’analysais ensuite la proposition qu’il venait de me faire et notais au passage le surnom bien plus affectif qu’il venait de prononcer. Décidant finalement que le jeu pouvait prendre fin, je sortis de l’ombre tout en passant une main dans mes cheveux, craignant qu’une éventuelle toile d’araignée ait put y trouver refuge. Je m’avançais aussi silencieusement que possible, d’un pas feutré, ne laissant ainsi pas le soin à Léo de remarquer où j’avais bien pu me dissimuler.

- Venant de toi, je ne peux refuser, répondis-je finalement. Cela dit, je peux t’assurer que malgré mes origines, j’aime autant manger autre chose que de la nourriture anglaise. Je commence légèrement à saturer.

Léo se retourna plus vivement cette fois et me regarda bizarrement. Ou plutôt, je n’arrivais à interpréter son regard et ne tenais pas plus que cela à le faire. Simulant un bâillement au bout de quelques secondes puisqu’il ne se décidait à bouger, je pus constater avec plaisir qu’il levait les yeux au ciel, signe devenu habituel pour moi et auquel je ne prêtais plus garde. Et comme il ne se décidait toujours pas à avancer, j’eus alors l’envie de tester un décollage mais également un atterrissage en douceur. Ainsi donc, je tendais les mains et l’italien eut la surprise de décoller sans accroc pour finalement atterrir sur ses jambes quelques mètres plus loin. Je n’avais jamais vu l’utilité à faire pareille chose, et n’avais donc jamais testé auparavant. Mais je constatais qu’au final, avec un peu d’entraînement, cela n’était guère bien difficile. Satisfaite de moi, je rejoignais en quelques grands pas un Léo qui affichait un air plus qu’étonné et à voir sa bouche grande ouverte, je ne pus m’empêcher de lui sortir une remarque dont il avait pris l’habitude avec moi :

- Ferme donc ta bouche, tu vas finir par gober une mouche.

Roulant des yeux, je lui donnais une légère tape qui eut pour effet soudain de le sortir de sa paralysie. Il n’eut pas même le temps d’ouvrir la bouche que je répondais déjà à la question qu’il apprêtait sûrement à me poser :

- J’avais simplement envie de tester. N’en faisons pas tout un plat. A ce propos, je ne voudrais pas avoir l’air d’une morfale mais je commence à avoir les crocs, moi !

Je lui souriais, d’un air parfaitement candide ce qui eut don de le faire une fois de plus lever les yeux au ciel. Et moi de me faire rire gaiement.
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MessageSujet: Re: Âme Strame Gramme [Loo]   Sam 4 Déc 2010 - 13:31

Tout en continuant de s'enfoncer dans les ténèbres de la ruelle, Léo tendait l'oreille sans remarquer le moindre bruit d'origine humaine. En vérité, le seul bruit qu'il percevait clairement était celui que créait son élastique en bougeant aussi rapidement dans l'air autour de lui et c'était un son plutôt faible donc Loa ne devait pas être en train de bouger. Ou alors, elle avait encore amélioré sa discrétion ce qui était une bonne nouvelle aux yeux du zombie même s'il savait qu'il ferait sûrement les frais de cette amélioration. Ralentissant son pas, il essaya de repérer une quelconque aura de vie mais c'est la voix - toujours un peu moqueuse - de sa jeune protégée qui finit par faire cesser leur jeu :

- Venant de toi, je ne peux refuser, répondis-je finalement. Cela dit, je peux t’assurer que malgré mes origines, j’aime autant manger autre chose que de la nourriture anglaise. Je commence légèrement à saturer.


La blondinette se trouvait vraisemblablement derrière lui mais comme l'italien craignait qu'elle ne s'évanouisse à nouveau dans l'obscurité, il fit aussitôt volte-face et la trouva plantée là, sans aucune toile d'araignée dans les cheveux cette fois. Rassuré sur le fait qu'elle ne lui fausserait pas de nouveau compagnie avant un certain temps, il se repassa mentalement ce qu'elle venait de dire et dut faire appel à tout son self-control pour éviter de rire. La mention à la nourriture anglaise lui avait rappelé sa blague stupide, qui le faisait toujours autant rire même si ça faisait moins de deux minutes qu'il n'y avait pas pensée. Il allait vraiment falloir qu'il trouve un moyen de la placer. Ses mains arrêtèrent de jouer avec l'élastique et le rangèrent dans son manteau au moment même où l'Anglaise contrefaisait un bâillement, sûrement dans le but de lui dire qu'elle était lasse d'attendre. La pensée qu'il avait toute son éducation à refaire le traversa avant qu'il ne se souvienne qu'il avait une petite peste devant elle, ce qui lui fit lever les yeux au ciel. Elle faisait ça simplement pour l'ennuyer, il ne pouvait rien y faire. Il pouvait juste l'embêter à son tour, comme d'habitude. Il sembla brusquement au brun que le jeu qu'il avait avec Loa n'aurait jamais de fin. Un peu comme son existence à lui. Mais pas comme la sienne. Sa presque-fille allait finir par mourir, un jour, si une charmante créature immortelle ne lui faisait pas don de la vie éternelle. Le réaliser était pour Léo tout à fait déstabilisant. Il ne se projetait pour ainsi dire jamais dans le futur, sachant parfaitement que l'avenir n'aurait jamais de fin pour lui mais se dire qu'il faudrait sans doute qu'il se rende, un jour - le plus tard possible, espérait-il - à son enterrement c'était tout de même assez choquant. Presque autant que le fait qu'il se trouvait désormais plusieurs centimètres au-dessus du sol et qu'il ne pouvait pas changer de lui-même la situation. Même s'il était immortel, une part de lui était intimement persuadé que la gosse finirait par avoir sa peau. Surtout celle de postérieur, en fait, vu le plaisir évident que la petite blonde prenait à le faire atterrir dessus. Crispant son visage dans l'attente de la chute, il eut le surprenant plaisir de retrouver la terre ferme avec ses pieds, ce qui était presque une grande première pour lui. Mais il espérait que ce ne soit pas non plus une grande finale parce que c'était véritablement plus agréable que de rencontrer le sol avec ses fesses. Et plus hygiénique aussi. Il n'était -presque- pas maniaque mais la saleté le révulsait profondément donc s'il pouvait trouver un moyen pour que Loa le fasse constamment réatterrir de la sorte, ça serait tout à fait... Grandiose.

- Ferme donc ta bouche, tu vas finir par gober une mouche.

Empêtré dans ses considérations, il n'avait même pas remarqué qu'il avait la bouche toujours ouverte par la surprise. Ne voulant pas penser à l'air idiot qu'il devait sûrement arboré, ni donner à la jeune fille une nouvelle occasion de se ficher de lui, il ne commenta pas son geste lorsqu'elle lui donna une tape insignifiante sur le visage pour le faire revenir dans la réalité. Visiblement, même si elle faisait des choses assez étranges - car OUI, il n'était pas normal (quand on la connaissait) qu'elle ne l'ait pas maltraité en le faisant regagner la terre ferme-, elle était tout de même restée la même. D'un côté, c'était tout à fait rassurant. Il restait maintenant à comprendre ce qui l'avait motivée à expérimenter cette nouveauté. L'envie de lui montrer que si elle voulait, elle pouvait être gentille, sûrement... Et la tape servait certainement à lui dire qu'il ne fallait pas qu'il songe à s'y habituer... Cette gosse était une vraie peste. S'il avait raison, il l'emmènerait dans le pire bouibouis qu'il connaisse. Même si ça lui donnerait envie de vomir vu que la propreté n'était pas la préoccupation première des bouibouis. Mais avec un peu de chance, quand il poserait sa question, Loa lui répondrait quelque chose de tout à fait positif et bon. Il en doutait mais l'espoir était permis. Miraculeusement, il n'eut même pas besoin de demander que la jeune fille lui répondait déjà avec une légèreté qui sembla assez exagérée au zombie même s'il n'en dit rien:

- J’avais simplement envie de tester. N’en faisons pas tout un plat. A ce propos, je ne voudrais pas avoir l’air d’une morfale mais je commence à avoir les crocs, moi !

Comme pour imager ce qu'elle venait de dire, elle lui sourit de toutes ses dents avec un air innocent qui, décidément, lui seyait plutôt bien même si Léo savait qu'il ne pouvait s'y fier pour rien au monde. Levant une fois encore les yeux au ciel, il recommença à marcher en direction de la sortie de la ruelle en pensant qu'ils avaient toutefois échapper au bouiboui et sourit lorsque le rire joyeux de la jeune Anglaise atteignit ses oreilles. Il doutait parfois qu'elle ait vingt ans. Mais ce n'était pas plus mal ainsi. Soudainement, il sentit le bras mince de sa protégée se glisser sous le sien et son sourire devint plus tendre. Elle se comportait avec lui comme s'il était véritablement son père. Ca lui faisait chaud au cœur mais il ne dit rien et ils continuèrent à marcher en silence, regagnant progressivement les endroits animés du quartier du Vieux Port. De nombreux restaurants étaient ouverts, les gens s'y engouffraient avec assurance et le zombie songea que leur duo ne devait pas paraître anormal dans cette foule d'humains. Un père et sa fille dînant à l'extérieur après une balade, c'était tout ce qu'il y avait de plus banal. Sauf qu'ils n'étaient pas banal mais que ça ne se voyait pas. Évidemment, il était un peu trop pâle et Loa avait un éclat un peu trop différent dans les yeux, mais si on ne le savait pas, il était, par chance, pratiquement impossible de comprendre ce à quoi se référer ces détails. Sans préavis, l'Italien se stoppa sur le trottoir quasiment désert et contempla les possibilités qui leur étaient présentées avec un œil critique avant de demander son avis à sa protégée:

- Alors mon petit estomac sur pattes, quel restaurant a retenu ton attention? Je te préviens déjà que si tu ne m'as pas répondu dans deux minutes, je choisis pour toi, annonça-t-il avec détachement en passant le bras que la jeune fille tenait précédemment, autour des épaules de cette dernière.

Vraiment minuscule, cette gosse, songea-t-il sans toutefois désirer l'oraliser. Avant de la rencontrer, il trouvait que Sixtine était plutôt maigre - même si à ses yeux elle restait la plus belle femme du monde - mais depuis qu'il connaissait Loa, il n'avait de cesse de la faire manger. Sauf qu'il avait fini par s'apercevoir qu'il était dans son métabolisme de ne pas grossir. Anormale jusque dans sa distribution de calorie, c'était tout de même épatant. Mais visiblement, même si les calories ne devenaient pas des graisses, elles ne venaient pas non plus alimenter le cerveau vu que la jeune Anglaise ne lui avait toujours pas répondu. C'était méchant et gratuit mais comme il ne l'avait pas exprimé à haute voix, ça ne comptait pas.

- Les deux minutes sont bientôt écoulées donc je tiens à préciser que je doute que mon choix te plaise. Après, tu peux toujours filer à l'anglaise si tu veux, rajouta-t-il avec le même détachement que précédemment dans la voix alors qu'il était intérieurement ravi d'avoir enfin pu placer sa blague.

S'il avait eu l'âge de sa fille adoptive, il aurait sûrement improvisé une danse de la victoire afin de fêter ça. Quoiqu'en fait, il avait peut-être légèrement trop de fierté pour ça... Mais il fallait avouer que ça avait été magistral. Sans aucune préméditation, en plus. Après, il restait à voir si la jeune blonde allait comprendre qu'il avait fait de l'humour. Ce n'était pas gagné vu que la situation ne se prêtait pas vraiment aux jeux de mots intentionnels et que sa voix n'avait pas changé d'un iota lorsqu'il avait parlé. Miséricorde. Il venait de brutalement réaliser qu'en fait ça n'avait pas été si magistral que ça s'il était impossible pour les autres de se rendre compte de l'étendue de son humour. Quelque peu déçu de s'être lui-même calmé, le zombie soupira profondément en baissant le regard sur Loa. Pour son estime personnelle, il fallait qu'elle ait compris. Elle n'était pas bête malgré ce qu'il avait pensé il y a un instant donc elle devait avoir compris. La possibilité qu'elle ait saisi la blague mais ne veuille pas la relever s'imposa soudainement à l'Italien et il poussa un grognement de frustration avant de se dire qu'il fallait vraiment qu'il arrête de se monter la tête de la sorte. Même s'il avait réussi à ne pas extérioriser sa joie d'avoir finalement pu dire sa blague, il venait sûrement de se montrer très bizarre à grogner de la sorte. Mais peut-être que ça encouragerait la jeune fille à enfin lui répondre.
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MessageSujet: Re: Âme Strame Gramme [Loo]   Dim 5 Déc 2010 - 9:04

Je n’avais pas la moindre idée de ce qui pouvait bien se faire retenir de rire ce cher Léo. Mais je n’avais pris compte de ce détail et avais poursuivi sur ma lancée. Son étonnement n’eut rien de surprenant pour moi, je l’avais habitué aux atterrissages forcés sur son postérieur ce qui n’était pas franchement pour lui plaire. Mais là était tout le but. Ceci n’avait été qu’une expérience et à moins de n’en voir l’utilité dans une quelconque situation, le brun avait tout intérêt à ne pas s’accoutumer à ce genre de douceur. Où était le plaisir sinon de me servir de mon pouvoir ? Non, d’une certaine façon, j’aimais faire souffrir les gens. Leur prouver que leur existence n’était pas si pitoyable, non, qu’il y avait des façons bien plus poussées de ressentir de la douleur véritablement. Hélas, les meilleures armes étaient toujours les mots puisqu’ils pouvaient vous toucher mentalement. Une blessure physique était ridicule à côté d’une remarque bien placée ou d’une révélation pouvant vous faire l’effet d’une balle reçue en pleine poitrine. Mais pas dans le cœur, non, cela aurait bien trop simple de mourir ; à quelques centimètres à peine à côté, de façon à ce que la douleur irradie dans tout votre corps. On en réchappait pourtant. Mais certains mots déterminent le cours d’une vie. Du bon ou du mauvais côté, tout dépend du point de vue. Toujours était-il que je n’avais souvent pas la patience de manier les mots pour faire souffrir les autres. Et il était bien connu que, de toute façon, les gens dotés d’une faible intelligence ne comprenaient généralement pas le sens de ce qu’on pouvait leur dire. Alors autant y aller brutalement.

Le zombie leva les yeux au ciel ce qui eut pour effet d’achever les pensées dans lesquelles je m’étais plongée presque inconsciemment. C’était décidément un tic chez lui qu’il ne pouvait réprimer. Néanmoins, je ne relevais pas et en ris même devant l’air consterné qui prit place un instant sur son visage vite remplacé par un sourire. Nous nous mîmes en route, l’un à côté de l’autre et je ne pus résister à l’envie de passer mon bras sous le sien. Il était le père que je n’avais jamais eu, d’une certaine manière. Enfin, si l’on excluait les remarques auxquelles il avait le droit à chacune de nos rencontres que je n’aurai sans doute pas tenues à mon propre père. Celui-ci m’avait d’ailleurs envoyé récemment une somme légèrement plus importante d’argent. Sûrement du au fait qu’il venait seulement de remarquer que mon anniversaire était passé depuis déjà plus de six mois et qu’il l’avait oublié, accaparé qu’il était par son boulot. Tout comme ma mère d’ailleurs. Mais je n’y prenais même plus garde, ils n’étaient plus des parents à proprement parler pour moi. Je m’étais constitué une nouvelle famille en allant dans l’internat dans lequel j’étais restée de longues années. Puis, plusieurs personnes rencontrées à Londres s’étaient ajoutées à la liste de mes connaissances mais la seule à qui je rendais vraiment des comptes était Silneï. Et dorénavant, Léo. J’avais perdu le contact avec les autres, au fur et à mesure que les semaines, les mois et les années passaient. Mais je connaissais parfaitement chacun d’entre eux et je savais que, si les circonstances s’y portaient, je pourrai les réintégrer à ma vie sans aucun problème.

En attendant, la vie continuait et j’avais même dans l’idée de retrouver quelques personnes rencontrées à Londres ici, à San Francisco. Plusieurs m’avaient dit que la ville attirait vraisemblablement dizaines de personnes « non humaines », confondant autant les vampires, les loups-garous, que les anges et les démons. Ainsi qu’un zombie et un fantôme à en croire Léo. Ce dernier, à force de lui réclamer des détails sur sa vie puisqu’il avait pu avoir connaissance de quelques pans récents de la mienne, avait fini par avouer être marié et à un fantôme qui plus est. J’avais voulu développer le sujet, curieux et intriguant à mes yeux, mais le brun s’était ensuite fermé comme une huître, visiblement peu enclin à répondre à mes attentes. Depuis, je n’avais jamais osé remettre le sujet sur le tapis. Pas que cela ne m’intéresse pas, au contraire, mais plutôt parce qu’il pouvait tout à faire me considérer comme redevable et j’aurais alors à lui raconter mon enfance et tout ce qui pouvait s’en suivre. Et malgré tout ce que je pouvais en dire, un soupçon de colère contre ma famille qui ne s’était jamais intéressée à moi persistait en moi. Et je n’avais aucune envie de voir mes souvenirs remontés à la surface, même pour une personne aussi adorable que Léo. De toute façon, j’avais tourné la page, seul comptait l’instant présent voire ce que pouvait bien me réserver l’avenir. Et d’ailleurs, en ce moment-même, je me sentais l’âme d’être comme une fille, aussi peste qu’il le fallait, pour ce cher zombie. Malgré le fait que ma peau soit moins mate que celle du brun, on pouvait tout de même imaginer un lien de parenté en supposant que la mère était blanche comme un cachet d’aspirine. Nous n’avions rien d’anormaux, juste un père et sa fille qui cherchaient un endroit où se restaurer et parler par la même occasion. J’étais avant tout humaine et pour moi, tout ceci ne m’était guère inconnu mais je me mettais à la place de Léo, qui avait traversé les siècles les uns après les autres mais qui pouvait tout aussi bien se sentir comme les autres en ce moment précis.

Progressivement, nous avions regagné les endroits plus agités et bruyants du Vieux Port et une ribambelle de restaurants en genres pourtant différents se faisaient concurrence les uns aux autres. Les personnes qui, comme nous, cherchaient où aller dîner, s’empressaient d’entrer dans telle ou telle ‘auberge’, désireux avant tout de remplir leur estomac affamé ou de rejoindre quelqu’un. Dans notre cas, Léo avait fini par se stopper brusquement et de porter son regard successivement sur les différents lieux nous entourant.

- Alors mon petit estomac sur pattes, quel restaurant a retenu ton attention ? Je te préviens déjà que si tu ne m'as pas répondu dans deux minutes, je choisis pour toi.

Le ton me fit sourire tout comme la remarque me donna à réfléchir. C’est à peine si je remarquais que Léo avait passé le bras auquel je m’étais accroché durant le temps de la marche autour de mes épaules. La différence de taille était considérable bien que je fasse partie de la norme. Non, c’était plutôt Léo que l’on pouvait considérer comme étant à la limite du géant. Cela dit, je doutais que cela soit un avantage tous les jours. Reportant mon attention sur mon estomac que je sentais gargouiller sans le moindre bruit, signe étonnant d’ailleurs, je notais sérieusement les pour et les contre concernant l’endroit qui me permettrait d’assouvir ma faim. En réalité, je n’avais pas tellement de préférence, mais puisque le choix m’était donné, autant prendre le temps de considérer les différentes options qui s’offraient à moi sérieusement et de me décider. Car j’avais comme la sensation que je n’aurai pas l’occasion de choisir une prochaine fois. J’éliminais de suite les endroits que je jugeais trop empreints de saleté où l’on pouvait même douter de la nourriture que l’on nous servait. Et puis, le vieux crouton ne se laisserait certainement entraîné dans de tels endroits. Je songeais un instant à choisir volontairement un lieu que je savais loin d’être propice pour Léo mais écartais cette éventuelle possibilité, soucieuse de manger au plus vite. Celui-ci pouvait parfois être pire qu’agaçant concernant la propreté, ce qui me faisait toujours sourire lorsqu’il atterrissait dans une poubelle ou une rue jonchée de détritus. Cela dit, j’admettais qu’il y avait des limites. Les restaurants dits tout spécialement british étaient proscris de mon esprit et je n’eus finalement plus tellement le choix. J’en étais à ce stade de mes pensées lorsque Léo éprouva le désir de manifester son impatience :

- Les deux minutes sont bientôt écoulées donc je tiens à préciser que je doute que mon choix te plaise. Après, tu peux toujours filer à l'anglaise si tu veux.

Son ton n’avait pas changé d’un iota mais j’avais relevé la plaisanterie glissée nonchalamment dans ses propos. Un sourire se glissa sur mon visage alors que je relevais la tête vers mon père adoptif. Celui-ci s’était brusquement rembruni, peut-être par le fait que je n’avais toujours pas réagit à proprement parler à sa vanne. Qui était d’ailleurs de très bon goût. Je me demandais s’il la préparait depuis quelques temps déjà ou si elle venait juste de lui traverser l’esprit. La situation précédente s’y prêtant mieux, j’en concluais qu’il avait sûrement eut le temps d’y méditer en s’apercevant de ma fuite. Une sorte de râle s’échappa soudainement de son gosier, s’apparentant même à un grognement digne d’un ours. Je m’empêchais de pouffer, en vain. Je me calmais cependant bien vite au regard noir que me lança Léo bien qu’un rictus déformait le pli de ses lèvres.

Redevenant sérieuse, je plissais les yeux en examinant les quelques derniers choix qui s’offraient à moi et j’optais pour un restaurant chinois, curieuse de goûter enfin à ce que l’on disait délicieux. De plus, je voyais de l’endroit où nous nous tenions que certaines personnes mangeaient même avec des baguettes et je souris malicieusement en songeant à un essai pitoyable de ma part et, avec un peu de chance, Léo en agir de même. J’espérais qu’il n’avait pas encore tenté l’expérience bien qu’au vu du nombre d’années qu’il avait vécu, il y avait de fortes chances pour qu’il ait tenté diverses sortes de nourritures. En tout cas, cela promettait d’être drôle, ne serait-ce puisque je n’avais pas la moindre foutue idée de comment on pouvait bien se servir de ce genre d’objet pour manger. Je me notais mentalement d’emprunter au passage une bonne vieille fourchette. Au cas où.

- On va là-bas, lui dis-je sans possibilité que mon choix puisse changer tout en désignant vaguement l’enseigne asiatique.

Je me mis en route sans l’en informer et il fut bien obligé de suivre, son bras étant toujours sur mes épaules. Je guidais Léo vers le lieu qui pourrait enfin faire taire mon estomac qui s’exprimait désormais ouvertement. Excédée, je donnais un coup de coude dans l’abdomen d’un Léo hilare. Et j’en profitais par la suite pour reprendre la parole :

- Au fait, c’est très aimable de ta part de m’avoir fait pareille proposition. Tu sais très bien que j’aurai pu me contenter d’un simple sandwich. Cela dit, je doute que nous nous serions amusés comme il y a des risques que nous allons le faire avec ceci.

Je désignais avec un sourire les baguettes tenues par un client en pleine discussion avec son vis-à-vis. Malgré ma forte attirance pour la cuisine asiatique tout comme autre, je me devais d’admettre mentalement que la perspective de rires, même contre moi, avait fini par porter mon choix sur ce restaurant. Je poussais la porte et pénétrais dans le lieu relativement calme et plus réchauffé que les rues de San Francisco, ne prenant pas le soin de retenir la porte pour Léo. J’avais été sympathique déjà en le laissant atterrir sans chute auparavant, il ne fallait pas pousser non plus.

Je pris place à une table assez éloignée des autres clients ainsi que de la porte, soucieuse de pouvoir discuter à mon aise sans que l’on puisse nous écouter au préalable. Le pas de Léo se faisait entendre derrière moi et nous fûmes rapidement installés, découvrant chacun un menu que nous avait apporté un serveur. Consciente que le brun n’était pas particulièrement satisfait de mon attitude et sûrement encore déçu que je n’ai pas fait de commentaire sur le jeu de mots qu’il avait utilisé, je me décidais à lui répondre, non sans un sourire qui ne trompait personne.

- Je t’assure que je ne filerai pas, réutilisant ses propres mots. Bien que la phrase soit vraiment bien tournée étant donné mon origine anglo-saxonne. Remarque, c’est tout à fait normal après tout, nous avons plus le sens de la discrétion que vous, mon bon Samaritain.

L’évocation du tendre surnom que je venais de lui attribuer avait rapport avec son nom, Sacrito, qui signifiait Le Saint. Léo devait regretter amèrement de me l’avoir avoué puisque je l’utilisais dorénavant assez régulièrement notamment pour me moquer de lui. Mais nous savions tous les deux que c’était affectif malgré les apparences. Cependant, il pouvait toujours se dorer pour que devienne complètement sympathique. Comme je l’affirmais quelques fois, le monde ne serait pas aussi palpitant s’il n’était fait que de « bonnes » personnes. Dans toutes les histoires, il y avait un méchant. Et je me donnais à cœur joie dans ce rôle dans ma vie de tous les jours.
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MessageSujet: Re: Âme Strame Gramme [Loo]   Lun 27 Déc 2010 - 2:18

Un pouffement étouffé parvint aux oreilles du zombie, peu après que son grognement ne se soit échappé de sa gorge et il baissa les yeux vers Loa qui semblait avoir été très amusée par le bruit. Devant le regard vexé qu'il lui adressa immédiatement (elle riait pour le grognement mais n'avait encore rien dit sur son jeu de mots!), elle parut toutefois se calmer mais un rictus persista sur ses lèvres, laissant présager à Léo d'éventuels nouveaux rires. Hors, contrairement à ce qu'il pensait, la jeune fille redevint sérieuse et détailla le choix de restaurants dont les enseignes étincelaient dans la nuit. Changeant de cible, l'homme leva son regard vers le ciel bleu foncé parsemé d'étoiles qui les recouvrait et il fut pendant quelques courts instants transportés deux milles ans en arrière. A la nuit où il était revenu d'entre les morts, plus précisément. Une nuit qu'il n'oublierait jamais, même s'il existait deux milles ans encore. Ce qui était tout à fait possible étant donné que son métabolisme n'avait pas grande chance de perdre son immortalité. Un jour, peut-être raconterait-il à sa jeune acolyte cette nuit. Il était à peu près certain que ça l'intéresserait. Au moins parce qu'elle pourrait toujours trouver quelque chose sur lequel déverser quelques moqueries. Même s'il trouvait qu'elle en faisait parfois un peu trop, Léo trouvait amusant l'esprit aussi acéré qu'une lame de Loa. Elle avait le chic pour trouver l'élément utile à la situation. C'était une parfaite petite hypocrite. Qui avait visiblement enfin trouvé l'endroit dans lequel ils allaient dîner, même si techniquement l'Italien n'avait pas réellement besoin de cet apport nutritionnel. Et qu'il allait falloir qu'il boive beaucoup d'eau pour réveiller ses sucs digestifs en semi-hibernation. Le regard rivé sur les vitrines d'un restaurant chinois, la blonde ouvrit la bouche :

- On va là-bas, dit-elle tout en désignant vaguement l’enseigne asiatique.

Un sentiment de perplexité traversa Léo alors que la jeune Anglaise se mettait déjà à avancer sans préavis. Entourant toujours ses épaules d'un de ses bras, il fut obligé de suivre le mouvement mais son esprit ne cessa pas de fouiller ses souvenirs pour savoir s'il avait déjà expérimenté la nourriture chinoise. L'absence de données récentes l'angoissa quelque peu mais le son bruyant que produit l'estomac de Loa le fit totalement perdre le fil de ses pensées étant donné que, désormais, il riait aux éclats, dévasté par l'incongruité de la situation. Un instant auparavant, chacun était concentré sur son propre objectif mais marchait dans la même direction, l'estomac s'exprimait et ils revenaient dans un plan commun. Il ne fallait jamais sous-estimer le pouvoir des organes digestifs. Ni celui des coudes parce que se prendre un coup de coude dans les côtes pouvait faire mal à condition que ce ne soit pas une frêle jeune fille qui le donne. Ce qui faisait que celui que Loa venait de lui donner ne lui fit pas grand effet. Pire, il faillit même accentuer son fou rire mais le zombie réalisa à temps que ça aurait risqué de vexer Loa. Et une Loa vexée était d'autant plus drôle qu'il n'était pas sûr d'arriver à rester assez convenable pour éviter de se faire expulser du restaurant vers lequel ils se dirigeaient. Par chance, comme pour l'aider à reprendre son sérieux après a brusque baisse tension, la jeune fille recommença à parler :

- Au fait, c’est très aimable de ta part de m’avoir fait pareille proposition. Tu sais très bien que j’aurai pu me contenter d’un simple sandwich. Cela dit, je doute que nous nous serions amusés comme il y a des risques que nous allons le faire avec ceci.

La déclaration donna à Léo l'impression qu'ils jouaient dans un film et qu'ils avaient un certain nombre de phrases conventionnelles à placer avant de pouvoir vraiment se dérider. Cette impression se trouvait renforcée par le coup de coude qu'il venait de recevoir étant donné que Loa avait eu l'air de vouloir qu'il garde sa placidité encore quelques instants et qu'elle venait tout juste de parler de s'amuser. En tout cas, l'Italien était tout à fait sûr que jamais ce qu'ils pourraient dire ne compenserait l'absence totale - et sûrement définitive - de réaction qu'avait eu la jeune fille pour son jeu de mots, maintenant loin derrière eux. Arrivé à ce stade de réflexion, l'homme changea le cours de ses pensées pour observer avec un regain de perplexité les baguettes que tenait un client dans sa main. Il ne lui semblait vraiment pas qu'il n'ait jamais franchi la porte d'un tel genre de restaurant. Et il était pratiquement sûr que ça allait lui causer du tort. Déjà, il imaginait mentalement la façon dont il était possible de se servir de deux morceaux de bois pour manger. Le résultat ne lui paraissait pas une seule seconde probant. Sauf que Loa n'avait visiblement pas l'intention de changer de choix vu qu'elle était en train d'entrer dans l'endroit qui avait au moins le mérite d'être calme et propre, nota le zombie en rattrapant la porte juste avant qu'elle ne se referme sur lui. L'impolitesse de l'Anglaise avait été heureusement prévisible... Et légèrement dédommagée par le fait que la jeune fille avait choisi une table suffisamment à l'écart pour qu'ils puissent parler de tout et n'importe quoi sans crainte que d'indiscrètes oreilles ne les écoutent. Accrochant leurs manteaux à l'objet prévu à cet effet, le zombie s'installa ensuite face à Loa et parcourut du regard le menu qui venait de lui être apporté pendant que son interlocutrice semblait faire de même. Plusieurs noms de plats attirèrent son regard par leur étrangeté et il se mit à lire avec attention leurs descriptions tout en essayant de visualiser les difficultés qu'il aurait à les manger avec une baguette. Déterminé à ne pas trop se ridiculiser, il cherchait la nourriture mangeable avec les doigts lorsqu'il vit du coin de l'œil l'expression de Loa changer pour un sourire un peu trop sardonique sur les bords :

- Je t’assure que je ne filerai pas. Bien que la phrase soit vraiment bien tournée étant donné mon origine anglo-saxonne. Remarque, c’est tout à fait normal après tout, nous avons plus le sens de la discrétion que vous, mon bon Samaritain.

Le surnom qu'elle n'avait pas encore utilisé aujourd'hui, rappela à Léo le jour où il lui avait expliqué ce que son nom signifiait en italien. Il ne pensait pas, à cette époque, qu'elle réutiliserait son explication de cette façon mais le surnom n'étant pas réellement moqueur, son manque de clairvoyance ne pesait pas vraiment sur son esprit. Silencieusement, il apprécia la façon dont sa jeune interlocutrice avait formulé son sarcasme ainsi que le fait qu'elle ait valorisé son hilarante blague puis il se mit à l'ignorer en se replongeant dans le choix de son repas, déterminé à ne pas partir dans une joute verbale dont il n'était pas sûr de voir la fin. Finalement, lassé de ne pas parvenir à se décider sur son repas, il décida de choisir exactement la même chose que sa protégée, de toute manière il mangeait globalement de tout et s'il n'arrivait pas à se démener avec les baguettes, il demanderait une fourchette. Les fourchettes faisaient, à ses yeux, parties des inventions les plus utiles que l'Homme ait jamais imaginé et la perspective d'une issue en cas de déconfiture le rasséréna suffisamment pour qu'il lève les yeux vers son interlocutrice, son regard noir observant avec intensité les traits fins de l'Anglaise. Elle paraissait être confrontée à un dilemme quant au choix de ce qu'elle allait manger et le zombie songea qu'en matière de nourriture, il était rare que la jeune fille soit satisfaite. Malgré sa silhouette élancée, elle avait un appétit d'ogre qui aurait fait pâlir de jalousie la plupart des bons vivants romains. Le mystère du métabolisme de Loa ne serait sûrement jamais élucidé, selon Léo. A moins de procéder à une vivisection de la principale concernée, ce qu'il ne permettrait en aucun cas. A moins d'être le chirurgien opérant. Réprimant un sourire sadique, il s'appuya contre le dossier de sa chaise et lâcha le blondinette du regard pour observer les gens qui les entouraient. Une femme en train de les fixer avec suspicion attira principalement son attention et il se demanda quel était son problème. Cédant à une impulsion, il lui fit une brève grimace et elle se détourna d'un air outré. Un sourire étira alors les lèvres du brun puis il reporta son regard sur Loa, laquelle le regardait avec un sentiment incompréhensible placardé sur le visage :

- Il y a un problème, peut-être?, s'enquit-il avec une innocence feinte avant de faire signe au serveur pour qu'il vienne prendre leur commande. Alors, qu'as-tu choisi, ma petite?

Ayant clairement accentué le dernier mot, il sut qu'il venait de rouvrir les hostilités mais la perspective l'amusait énormément, contrairement à précédemment. Il était un homme, après tout, et se laisser aller à retomber en enfance, même durant deux secondes, permettait aux membres de son genre de se ressourcer donc il était tout à fait normal qu'il en soit de même pour lui. Souriant avec sympathie au serveur impassible, il attendit patiemment que sa chère protégée daigne leur répondre. Après ce qui lui sembla être une minute à attendre pour rien, il craignit que cela ne soit le début de vengeance de la jeune fille et le départ silencieux du serveur le conforta dans son opinion que quelque chose de pas normal se tramait. Subitement, il perdit toute envie de recommencer une joute verbale mais c'était certainement trop tard au vu de l'expression quelque peu butée de Loa. Fouillant à tâtons les poches de ses vestes à la recherche de son élastique, il se mit à jouer avec dès qu'il l'eut en main, désormais prêt à à peu près tout retournement de situations.
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MessageSujet: Re: Âme Strame Gramme [Loo]   Mar 26 Avr 2011 - 11:13

Il me sembla que Léo apprécia ma remarque basée sur sa blague. Il faut dire que j’avais certainement traîné en longueur quant à y faire un commentaire mais j’y étais tout de même venue. Le fait qu’il m’ignore, plongé dans son menu, m’obligea à faire obliquer mes prunelles vers le mien. Ce dernier me semblait être complètement rédigé en chinois pour moi, selon l’expression. Ce ne fut que lorsque je me passais à nouveau la phrase en tête, convaincue que je venais de songer à un éventuel jeu de mots, que je me rendis compte que nous étions dans un restaurant chinois, me donnant raison par la même occasion. Le sens de l’humour de Léo commençait sérieusement à déteindre sur moi. Ce qui n’était pas sans dire quant au fait que nous étions proches. Dans ce cas-ci, je n’étais vraiment pas certaine que de méditer à des blagues dignes de mon paternel soit une bonne chose. Ceci dit, je gardais mes pensées pour moi : rien qu’imaginer que l’Italien puisse prendre mon observation en tant que flatterie me dissuadait de l’énoncer à haute voix. Il était bien plus amusant de le chercher, le pousser à bout de nerfs bien qu’à force de centaines d’années passées il ait acquérit un don lui permettant de garder un calme et une maîtrise de lui-même assez remarquables. Nos joutes verbales pouvaient ainsi se prolonger de longues minutes voire même une bonne heure si le sujet était vraiment propice à une discussion.

Ramenant mon attention sur la carte des différents plats proposés que je tenais toujours en mains, je me concentrais et lu certains titres que je jugeais par la suite comme étant imprononçables. Choisir un plat, même affublé de descriptions compréhensibles, m’apparaissait être une tâche bien plus ardue que je ne me le serais imaginé. La simple visualisation de certains ingrédients mélangés ensemble me donnait envie de sortir aussitôt du restaurant. Cependant, je m’abstins rapidement : j’avais bien toutes les possibilités de porter ma décision sur autre chose et l’idée même de pouvoir observer Léo se servir de baguette me réjouissait au plus haut point. A moins que le brun ne sélectionne le repas pour nous deux, ce dont je doutais fort, il me faudrait pourtant décider. J’allais opter pour un bon vieil « Am stram gram », ou, si l’on suivait l’esprit de Léo jusqu’au bout, un « Âme Strame Gramme », lorsque je sentis son regard peser sur moi. Je décidais de passer outre et comptais commencer quand je me rendis compte que je n’avais même pas présélectionné certains plats en particulier et que cela me prendrait une durée infinie de le faire pour tous. Portant finalement mon attention sur le zombie ayant gardé des traits d’une certaine jeunesse, j’eus la surprise de le voir fixer une femme qui elle-même nous regardait ostensiblement. Mais ce n’était pas tellement l’échange de regards qui m’étonna, mais plutôt la grimace que l’immortel lança soudainement à l’humaine qui paraissait dorénavant outrée. Léo avait au moins eu le mérite de lui faire détourner le regard. Cela aurait été sans aucun doute dérangeant de se faire dévisager, surtout pendant que je remplissais mon estomac affamé. Et je détestais particulièrement que l’on me fixe pendant que je mangeais. L’intervention de Léo avait donc du bon au final : l’inconnue aurait eu droit à bien plus qu’une simple grimace de ma part. Mais je ne l’avais jamais vu ainsi, aussi… discourtois ? Ce qui m’amusa tout de même fortement, celui-ci me rabâchant sans cesse mon impolitesse. Mon visage devait exprimer ainsi plusieurs sentiments contradictoires et donc mon expression impossible à saisir.

- Il y a un problème, peut-être ? Me demanda-t-il, l’air parfaitement innocent alors que je savais qu’il n’en était rien. Alors, qu'as-tu choisi, ma petite ?

Il avait accompagné ses paroles d’un geste enjoignant au serveur de se rapprocher dans le but de prendre notre commande tout en lui souriant. Seulement, mon cerveau désigna ses informations comme étant inutiles et je les oubliais aussitôt, bien trop concentrée quant au surnom précédemment utilisé. Celui-ci était loin de me plaire et Léo le sachant, en usait et abusait au point de me rendre presque folle. Presque seulement. La répartie étant toujours à double sens, je trouvais souvent une réplique me permettant de réajuster la balancer. Seulement là, nous nous trouvions en présence d’une tierce personne et cela m’ennuyait fortement. Tout en préparant mentalement une éventuelle remarque si j’arrivais à la placer, je gardais le silence le plus complet et eu la satisfaction de voir le serveur aller s’occuper d’une autre table. Les aimables hostilités étaient ouvertes, tous les coups ainsi permis. Ce qui me réjouissait au plus au point car mon cerveau se mettant enfin en branle et avec sérieux, un plan commençait à se dessiner dans mon esprit et pour le moins intéressant. Du moins, de mon point de vue. Toutefois, toute aussi butée que je sois, cela n’empêcha pas, à mon grand damne, à Léo de sortir à nouveau son élastique. Levant les yeux au ciel tout en soupirant silencieusement, je concentrais mon oreille sur les autres bruits. Mais faute de parole ou d’autre bruit à notre table, je ne percevais que le son que produisait l’élastique. Et il aurait été peu dire que celui-ci commençait à me taper sur le système. Une décision immédiate et irrémédiable dirigea le cours de mes pensées : avoir possession dudit élastique. Mais je devais voir l’objet pour pouvoir le déplacer. Hors Léo s’obstinait à garder son élastique sous la table. Perspicace ou simplement inconscient des conséquences que cela avait pour moi comme pour lui ? Malheureusement pour moi, la première hypothèse pouvait tout aussi bien être appliquée que la seconde. Me décidant à tenter à nouveau une certaine expérience, je fermais les yeux, concentrée sur ma tâche et visualisait avec netteté l’objet en question. Une fois certaine de son apparence, je glissais mes mains sous la table, paumes ouvertes et tournées vers la source nuisible de sons à mes oreilles. Comme pour toute autre attraction, je fis de même, l’image de l’élastique m’apparaissait en pensées uniquement et non directement par mes iris. Je sus que je réussissais à l’instant où le bruit de l’élastique claquant contre la peau de Léo d’un mouvement répétitif cessa. Seulement, ne m’étant jamais entraînée à cette expérience, j’avais tout de même mes limites et les secondes durant lesquelles j’attirais l’élastique à moi ne suffirent pas à me le procurer. Mais heureusement pour moi, mon très cher père de cœur réagit aussitôt, et certainement dans le but de le mettre en sécurité, leva d’instinct son élastique. Je ne perdis pas mon temps et en quelques secondes, je pus le sentir entre mes doigts. Le pauvre Léo n’avait eu le temps de s’apercevoir de ce qu’il se passait que son précieux bout de plastique lui échappait. Triomphante, je souriais de toutes mes dents à un certain Italien dont le visage exprimait encore le plus grand étonnement ainsi que le mécontentement qui commençait à pointer. Tenant l’élastique du bout des doigts, j’avais tout de même pris garde à ce qu’il ait une certaine distance avec ceux du brun, me permettant de réagir s’il tentait la moindre action. Peut-être réfléchirait-il à deux fois, une prochaine fois avant de m’appeler « ma petite ».

- Un problème peut-être ? Lançais-je l’air candide.

La remarque me valut un regard noir, surtout qu’il s’agissait de la même phrase qu’il m’avait prononcé quelques minutes auparavant. Mais quelle satisfaction de pouvoir à nouveau se concentrer convenablement ! Il s’agissait dorénavant de mettre en place le plan auquel j’avais songé. Adressant un signe au serveur, je lui désignais, non sans force de gestes, notre table. Il doutait certainement du fait que je veuille vraiment passer commande ou si j’allais le faire attendre une fois de plus. Mais non, j’étais bien décidée et lui se résolut enfin à venir. Il était payé pour ça, après tout ! Me tournant vers mon vis-à-vis, je lui demandais :

- Tu as bien dit que je pouvais choisir ce que je voulais, n’est-ce pas ?

Je me forçai à prendre un air suffisamment innocent et aimable pour éviter l’attention. Seulement, Léo me connaissait certainement bien puisque cela lui mit plus la puce à l’oreille qu’autre chose. Son hochement de tête ne fut pas immédiat et il me fixait dorénavant d’un air curieux et l’air de se demander ce que je pouvais préparer. J’imaginais avec délectation que l’absence de son élastique jouait également dans le fait que son attention soit toute concentrée sur moi. Le serveur arrivé entre temps avait certainement dû entendre ma remarque mais se tut. Ce fut donc avec un malin plaisir, mon habituel sourire en coin réapparut comme par enchantement sur mes lèvres, que j’annonçais au serveur :

- Mon ami souhaiterait expérimenter la nourriture au moyen de baguettes.

Le regard rivé sur Léo, je le vis qui commençait à ouvrir la bouche mais il la referma lorsque je fis claquer l’élastique contre mes doigts, lui signifiant ainsi que j’étais encore en mesure de le lui rendre par la suite. Ou plutôt de, pas le moins du monde intentionnellement, cela va de soi, le lui restituer dans un certain état lui empêchant de s’en servir correctement. L’imbécile qui disait que le chantage n’était d’aucune utilité aurait pu se rendre compte que je prenais bien soin de l’entretenir pour plusieurs puisqu’étant comme une seconde forme de discussion entre moi et Léo. Adressant un large sourire au serveur n’ayant sans doute perdu la moindre miette de notre échange muet, je poursuivis :

- Je compte donc sur vous pour lui en trouver un dont il peut se servir surtout, voire uniquement avec. Et qui soit un met appréciable au goût, cela va de soi.

Le serveur se tourna vers mon compagnon, lequel acquiesça avec lenteur, comme à contrecœur. Le premier ouvrit la bouche mais je le coupais aussitôt, ce qui n’était certes pas une preuve de politesse, mais nécessaire dans un cas pareil :

- Quant à moi, je prendrais la même chose mais je vous prierais de me fournir également une fourchette avec, je ne suis pas tellement fanatique des taches, voyez-vous. Et si me servir des baguettes me revient à me salir, je préfère avoir à disposition un élément plus pratique à utiliser.

Léo semblait ne pas en revenir. Il devait pourtant être habitué depuis le temps à ce que je ne prenne pas de pincettes et tourne la situation à mon avantage. Me tournant vers le jeune homme chargé de prendre nos commandes toujours debout, je pressentis qu’il allait certainement encore essayer de répliquer. Je déclarais donc d’un ton usé :

- Je paierai au prix fort si besoin est, ne vous inquiétez dont pas pour cela. Ce sera tout pour le moment, merci, ajoutais-je puisqu’il ne se décidait à bouger.

Je levais les yeux au ciel en secouant la tête lorsqu’il partit enfin. Il devait très certainement regretter de ne pas nous avoir laissé aux bons soins d’un éventuel autre serveur. Mais après tout, comme l’expression le dit, le client est roi. Je pouvais donc tout à fait avoir mes propres exigences et il se devait de les respecter à la lettre. Portant mon regard sur Léo, je pus constater qu’il s’était repris mais restait renfrogné. Je craignais quelque peu d’éventuelles représailles, surtout qu’il n’avait plus rien à perdre maintenant que j’avais son élastique. Mais ce dernier pouvait me servir de monnaie d’échange tant que, malencontreusement, bien entendu, il ne soit cassé. Je le rangeais dans une de mes poches, soucieuse de voir mon objet de chantage se faire la malle, ce qui était très probable avec un Italien en face.

- Tu sais que j’expérimente de nouvelles choses grâce à toi ? Lui dis-je avec une candeur feinte qui ne trompait personne, surtout pas lui.

Je changeais ainsi de sujet car je m’attendais tout de même à une certaine vengeance de sa part. De plus, lesdites expériences était pour la première, certes plus agréable pour son postérieur, mais prouvait par la seconde qu’à force d’entraînement, j’arriverais sans doute à développer un nouveau pan des mes capacités. Ce qui n’était pas forcément à son avantage… une fois de plus.
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Âme Strame Gramme [Loo]

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